Les auteurs de romans noirs ont-ils le droit de ne pas aimer Noël ?

décembre 19, 2025

les auteurs de romans noirs ont-ils le droit de détester Noël ?

Guirlandes, bons sentiments et crimes imaginaires : chronique d’un léger décalage


Enfant, je détestais Noël.

Pas les cadeaux. Pas le sapin. Pas même cette promesse vaguement magique qu’on agite chaque année comme un hochet collectif. Ce que je détestais, c’était le rituel. Le sacro-saint réveillon, cette cérémonie familiale supposée rassembler tout le monde dans la joie, mais qui avait le chic pour se terminer, presque systématiquement, par les cris des « grands » et les larmes des « petits ». Disons que, très tôt, j’ai compris que les guirlandes ont parfois un talent particulier pour éclairer des scènes que l’on préférerait laisser dans l’obscurité.

Puis, les miens (d’enfants) ont vu le jour.

Ce sont eux qui m’ont amenée à « apprécier » Noël – avec modération, n’exagérons rien. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’alors, il ne s’agissait plus de rejouer une pièce mal écrite, mais d’en inventer une autre, plus courte, simple, naïve, franche et, surtout, sans débordements émotionnels avant le café. Depuis, je pratique Noël avec méthode : un dosage précis, une surveillance accrue, une attention constante portée aux signaux faibles… et à l’emplacement des sorties de secours !

Écrire des romans noirs n’a évidemment rien arrangé.

Lorsque l’on passe une partie de son temps à explorer les zones d’ombre de l’âme humaine, à suivre des pensées qui dérapent, à fréquenter des personnages peu portés sur la paix universelle, le grand bain de bons sentiments de décembre a quelque chose de franchement incongru. D’un côté, l’injonction au bonheur généralisé ; de l’autre, une réalité qui résiste obstinément aux guirlandes et aux playlists festives. Le grand écart est spectaculaire.

Cela dit, je ne monterai pas à l’assaut de Noël.

Pas question pour moi de scier les branches des sapins ou de débrancher les guirlandes. Je me contente de regarder cette période avec un scepticisme poli, forgé par l’expérience et renforcé par la conviction que la joie obligatoire est rarement une bonne idée. Surtout quand elle exige de taire ce qui dépasse.

Le roman noir, au fond, ne cherche pas à gâcher la fête.

Il fait simplement ce que la littérature fait de mieux quand elle est honnête : regarder ce qu’on préfère ne pas voir. Les silences trop appuyés, les tensions familiales, les souvenirs qu’on tente d’emballer dans du papier brillant. Il rappelle que Noël n’est pas, pour tout le monde, une parenthèse enchantée, et que la noirceur ne disparaît pas par décret saisonnier.Pas question pour moi de scier les branches des sapins ou de débrancher les guirlandes. Je me contente de regarder cette période avec un scepticisme poli, forgé par l’expérience et renforcé par la conviction que la joie obligatoire est rarement une bonne idée. Surtout quand elle exige de taire ce qui dépasse.

Alors, les auteurs de polar ont-ils le droit de ne pas aimer Noël ?

Disons qu’ils ont surtout le droit de ne pas s’extasier sur commande… et peut-être même le devoir de rappeler que la lumière n’a de valeur que parce qu’elle côtoie l’ombre. Sans quoi, elle n’est qu’un décor — parfois clinquant, souvent bruyant, et rarement aussi rassurant qu’on voudrait le croire.

Faites confiance aux histoires sombres : elles mentent souvent moins que les autres.